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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les martyrs
n°69

France et Nouvelle-Calédonie

1812-1847

Blaise Marmoiton, l’épopée d’un missionnaire au bout du monde

Blaise Marmoiton rêve depuis l’adolescence de devenir missionnaire pour offrir sa vie à Dieu. Une succession de rencontres lui permet de mûrir ce projet. Il entre au noviciat chez les Maristes, à Lyon, en 1842, un an après que l’un des leurs, saint Pierre Chanel, est devenu le premier martyr catholique d’Océanie. L’abbé Douarre, le curé du petit village natal de Blaise, en Auvergne, a été nommé évêque pour partir évangéliser les populations de Nouvelle-Calédonie, demeurées jusque-là imperméables au catholicisme. Il invite Blaise à le rejoindre dans cette aventure. Ils débarquent le 24 décembre 1843 à Mahamate. Les conditions d’existence sont extrêmement difficiles, et, dans un contexte de sécheresse et de disette, le frère Blaise Marmoiton est décapité le 18 juillet 1847 par un des chefs kanaks, faisant de lui le deuxième martyr d’Océanie.

© iStock / Getty / Images Plus /Tinnakorn Jorruang
© iStock / Getty / Images Plus /Tinnakorn Jorruang

Les raisons d'y croire :

  • Blaise Marmoiton part en Nouvelle-Calédonie, non pour des raisons économiques, comme le font les colons, mais pour offrir le salut aux habitants de l’île, en leur faisant rencontrer la personne de Jésus-Christ.
  • Son départ en mission est par ailleurs totalement providentiel.
  • Blaise, comme ses frères missionnaires, ne commet jamais le moindre acte violent, et ne montre aucun signe d’impatience ou d’hostilité envers les populations locales. Au contraire, pour accomplir sa mission, Blaise va jusqu’à l’oubli de lui-même ; il vit l’Évangile sur un mode absolu, refusant de s’inquiéter pour le lendemain, son avenir ou sa santé.
  • Il ne cherche pas à se soustraire à ses devoirs, et moins encore à sauver sa vie, comme il aurait pu le faire en reniant sa foi. Les témoins de son martyre ont été édifiés par son calme, son abandon à Dieu, et le pardon accordé à ses bourreaux.
  • Un prêtre mariste avait écrit ce commentaire au sujet de Blaise : « Il est de ceux dont on ne se rappelle rien. » L’épopée missionnaire extraordinaire de Blaise Marmoiton, de même que sa mort, est pourtant mémorable. Son action et l’exemple de toute sa vie ont porté de nombreux fruits, à commencer par l’évangélisation de la Nouvelle-Calédonie et de l’Océanie.

Synthèse :

Blaise Marmoiton vient au monde en 1812 dans une famille auvergnate modeste et croyante. Au cours de sa jeunesse et de son adolescence, aucun événement important ne permet d’expliquer la vocation missionnaire du garçon. Peu scolarisé, employé dès ses jeunes années aux tâches domestiques et agricoles, c’est un jeune des campagnes que rien ne distingue vraiment. Blaise est pieux, comme ses parents et nombre de ses camarades. Sous la Restauration, ce n’est en aucun cas un signe sociologique distinctif. De plus, il ne traverse aucune crise d’adolescence, et ne remet jamais en question ses opinions religieuses. Ses camarades pensent qu’il est effacé, replié sur lui-même. En réalité,c’est un grand contemplatif, et, de l’enfance à la tombe, sa foi reste inébranlable.

Lorsqu’il a quinze ou seize ans, ses parents et les prêtres constatent avec surprise qu’il devient un lecteur assidu de vies de saints, de livres liturgiques et de récits d’explorateurs : une activité qui absorbe une large partie de ses soirées et de ses jours de repos. C’est un trait d’autant plus original que l’adolescent n’a, pour tout bagage religieux, que l’enseignement rudimentaire qu’il a reçu au catéchisme paroissial. Il arrive que le jeune homme consulte des écrits destinés en général aux ecclésiastiques, notamment les Annales de la propagation de la foi, revue fondée à Lyon en 1822 par une association (l’Œuvre pour la propagation de la foi, créée la même année par Pauline Jaricot), et dont le titre jusqu’en 1825 révélait tout le contenu : Nouvelles reçues des missions. Il est probable que le jeune Blaise a découvert les terres lointaines de mission par le biais de cette presse. En effet, ce recueil, composé de correspondances d’évêques du monde entier et de comptes rendus de missionnaires, a pour objet de sensibiliser les lecteurs à l’importance des missions lointaines, et de les informer des œuvres accomplies loin de la métropole.

La période est propice aux missions lointaines. En 1836, le pape Grégoire XVI entreprend d’implanter les premières missions en Océanie qui, à cette époque, demeure imperméable au catholicisme. Le débarquement du capitaine anglais James Cook, en 1774, sur la côte nord-est d’une île mélanésienne encore inexplorée, qu’il baptise Nouvelle-Calédonie, n’avait rien changé sur les convictions religieuses des populations locales.

La ferveur missionnaire pousse le jeune Blaise à chercher un moyen de répondre à l’appel de Dieu. Mais la tâche est difficile à l’échelle d’un petit agriculteur auvergnat, sans relations ni diplôme. Au cours de l’hiver 1841-1842, Dieu va l’aider. À cette époque, un jeune maçon nommé Jean Taragnat lui avoue qu’il rêve de devenir missionnaire. Les deux jeunes ne se quittent plus, et c’est ensemble qu’ils vont prier au sanctuaire de Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand (France, Puy-de-Dôme).

Un troisième homme va jouer un rôle essentiel dans la trajectoire des jeunes auvergnats : l’abbé Guillaume Douarre (1810-1853), curé d’Yssac-la-Tourette, près de Riom, où Blaise est né. Lui aussi ne songe qu’à partir vers des horizons lointains pour porter la Bonne Nouvelle. C’est sous sa houlette que Blaise et Jean (bientôt rejoints par trois autres camarades) commencent à échafauder des plans d’expéditions maritimes.

Le contexte est porteur. En 1841, saint Pierre Chanel devient le premier martyr catholique d’Océanie (à Futuna). Sa disparition, loin de refroidir les jeunes auvergnats, les convainc de la nécessité d’évangéliser au plus vite cette partie du monde. Or, saint Pierre Chanel appartient aux Maristes, congrégation fondée par Marcellin Champagnat pour l’éducation et l’évangélisation, en particulier tournée vers les cultures indifférentes ou hostiles au Christ. En 1836, le pape Grégoire XVI, artisan des missions en Océanie, avait justement approuvé l’existence des Maristes. Le cadre institutionnel est trouvé pour Blaise, ses amis et l’abbé Douarre. Le 11 mars 1842, ils entrent ensemble au noviciat lyonnais de la Société de Marie. Leur destin est en marche.

L’été suivant, les responsables de la congrégation cherchent un évêque coadjuteur pour Mgr Bataillon, nommé vicaire apostolique des archipels du Nord-Ouest océanien. Les candidats ne sont pas si nombreux, et envoyer un missionnaire en Océanie pour des années n’est pas une affaire à prendre à la légère. Après prières et consultations, on se tourne vers l’abbé Douarre. Celui-ci accepte : le voici évêque in partibus d’Amata, en Nouvelle-Calédonie. L’une de ses premières décisions est d’emmener avec lui les cinq jeunes frères auvergnats, dont Basile Marmoiton, qui sait dès lors que Dieu l’a entendu.

Le 24 décembre 1843, le navire le Bucéphale accoste à Mahamate, sur Grande Terre, l’île principale de Nouvelle-Calédonie. Le lendemain, une première messe est célébrée sur la plage où le bateau a accosté. « La nouvelle vie que je vais commencer n’aura rien de bien extraordinaire, quelle qu’elle soit », écrit Mgr Douarre dans son journal. La Providence va en décider autrement. Blaise et ses compagnons ont débarqué dans un endroit alors indifférent à la foi chrétienne, bien qu’il existât déjà des missions protestantes dans les îles avoisinantes (île des Pins, Saint-Vincent, Yaté). Mais, sur Grande Terre, les Maristes sont seuls :le Bucéphale repart le 21 janvier 1844, laissant sur l’île les cinq frères et Mgr Douarre. Ces hommes ne reverront aucun bateau avant huit mois, en septembre 1845 !

Le travail qu’ils abattent en quelques mois est stupéfiant : ils nouent des contacts étroits avec les populations autochtones, dont ils apprennent les rudiments de la langue ; ils obtiennent quelques terres cultivables ; ils développent des cultures vivrières ; ils pratiquent le négoce avec les Kanaks qui, de manière générale, réservent un bon accueil aux Maristes. Au fil du temps, les missionnaires – Blaise en tête – font des adeptes, jusqu’à créer un groupe « de fervents chrétiens », constitué notamment de « chefs ou fils de chef ». Les Maristes édifient plusieurs chapelles et font des tournées d’évangélisation sur toute l’île. La cohabitation et une certaine entente semblent établies.

Mais, bientôt, des oppositions naissent. Les Kanaks veulent maintenir certaines de leurs traditions, comme la nudité ou la polygamie. Blaise et Mgr Douarre engagent avec eux des discussions sur le fond. À l’été 1847, une sécheresse épouvantable éclate dans la région septentrionale de Grande Terre. Les récoltes sont ravagées, et nombre d’animaux périssent. La disette survient. Mgr Douarre décide de déménager la mission dans le sud de l’île, où la sécheresse est moins sévère.

Blaise et ses frères engagent des discussions assidues avec les Kanaks au sujet de leur déménagement. Les Maristes commencent à transporter les maigres réserves de nourriture stockées à la mission (à peine suffisantes pour une demi-douzaine d’hommes). Les Kanaks ne comprennent pas pourquoi les missionnaires partent en les laissant ainsi. Le ton monte et la situation s’envenime. Les liens humains ne résistent pas à cette situation difficile. La révolte gronde : des arbres sont incendiés près de la mission, et des cris sont entendus aux alentours.

Le 18 juillet 1847, un des chefs kanaks débarque à la mission, entouré d’une dizaine d’hommes : il signifie aux Maristes qu’ils doivent rester jusqu’à ce que la famine ait disparu, afin de continuer à nourrir les siens. Mgr Douarre refuse, expliquant que, si les religieux restent ici, ils succomberont tous. Cette explication ne convainc pas le chef kanak, qui ordonne alors à ses hommes de mettre le feu à la mission et de s’emparer de ce qui reste de nourriture. À ce moment, le frère Blaise garde le petit magasin. Peu de temps avant, il avait dressé un chien trouvé, afin de dissuader les éventuels rôdeurs. L’animal est d’abord tué. Puis on se saisit de lui, on le bat et il reçoit plusieurs coups de couteau. À cet instant, il prie non pour lui mais pour ses bourreaux. Traîné à l’extérieur, il est décapité : il devient le second martyr de l’Océanie.

Parmi les cent quatre-vingt-douze Kanaks que, sur son lit de mort, en avril 1853, Mgr Douarre se réjouissait d’avoir baptisés, se trouvait le meurtrier du frère Blaise.

Un prêtre mariste avait écrit ce commentaire au sujet de Blaise : « Il est de ceux dont on ne se rappelle rien. » À Dieu, tout est possible. L’Église catholique introduit la cause de béatification de Blaise dès 1919 et le décret du Saint-Siège sur la validité du procès informatif et apostolique a été promulgué le 21 avril 1964.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

L’épopée du frère Blaise, exceptionnelle sur le plan spirituel, l’est tout autant sur le plan psychologique : conditions de survie extrêmes, inconfort, solitude, dangers naturels, malnutrition, épidémies…


Aller plus loin :

V. Courant, Le martyr de la Nouvelle-Calédonie : Blaise Marmoiton, frère coadjuteur de la Société de Marie, Paris, E. Vitte, 1931.


En savoir plus :

  • Claude Rozier, La Nouvelle-Calédonie ancienne, Paris, Fayard, 1990.
  • Georges Delbos, L’Église catholique en Nouvelle-Calédonie, Paris, Desclée de Brouwer, 1993.
  • Le site Internet Et maintenant une histoire : l’article « Chez les Maristes d’Océanie ».
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